La réforme du permis de conduire vire au pugilat
La réforme de l’apprentissage du permis de conduire en cours de discussion va-t-elle engendrer une hausse du nombre d’heures de conduite, une surenchère du prix du permis et signer la fin du e-learning des autoécoles en ligne ? Pendant que les protagonistes s’écharpent sur ces questions, le ministère de l’intérieur compte les points avant de siffler la fin de la récré et de ramasser les copies.

Depuis quelques jours, un coup de sirocco balaie le petit monde de la formation à la conduite automobile. Un vent colporteur d’effets d’annonces contraires, crée un climat caniculaire délétère. De quoi donner des sueurs aux différents acteurs du secteur. La cause du coup de chaud : les discussions en cours sur la réforme de l’actuel système d’apprentissage à la conduite automobile.
Réunis en groupe de travail, les auto-écoles traditionnelles, les plateformes d’enseignement à la conduite en ligne, le ministère de l’intérieur et sa Direction de la sécurité routière discutent des pistes permettant d’améliorer l’enseignement de la conduite automobile. Au fil des propositions, les discussions se sont emportées et les antagonismes creusés.

Remise en cause du socle des 20 heurs d'apprentissage
Le groupe de travail s’est mû en champ de bataille entre acteurs traditionnels et pure players. Les premiers reprochant aux seconds « de mentir » aux jeunes avec des prix d’appel attractifs qui ne représentent absolument pas le coup réel du permis de conduire. « Aujourd’hui il faut en moyenne 30 heures (35 h pour une boîte mécanique, 28 h pour une automatique) pour obtenir le permis » affirme Patrice Bessone, président du métier éducation et sécurité routière au sein de Mobilians. Bien loin des 20 heures minimales fixées par l’arrêté de 2009 servant de cadre à l’enseignement pratique de la conduite.
Selon Patrice Bessone, il s’agit « de remettre une certaine réalité dans les heures annoncées. » Comprendre, « ne pas confondre le prix de la formation minimum et le coût du permis ». Et de bien faire attention à ce qui se cache derrière les prix d'appel. Sans pour autant vouloir remettre en cause le socle minimal de 20 heures ? Mobilians milite « pour une augmentation de ce nombre à 28 heures.» D'après le syndicat professionnel « cela pourrait s'améliorer de manière significative ce qui désengorgerait le système, réduisant la nécessité de passages multiples à l'examen. (...) sans engendrer de coûts additionnels pour l'État.» Et pour les apprentis conducteurs ? En augmentant le nombre minimal d'heures obligatoires, ces derniers devront tout de même débourser quelques deniers supplémentaires pour accéder à la formation pratique initiale. Interrogée par Caradisiac sur le sujet la déléguée interministérielle à la sécurité routière, Florence Guillaume campe sur « la règle actuelle » et précise qu’à ce jour « rien n’est tranché ». Mais tout peut changer. Avec le risque d'un apprentissage plus long et donc plus cher.
Simulateur contre tablette et smartphone
L’autre point de crispation, porte sur la notion de « simulateur d'apprentissage de la conduite doté d'un poste de conduite » dont ont possibilité de recourir les auto-écoles pour compléter la formation des élèves. La définition du poste de conduite jugée « trop floue » fait l'objet d'un travail permettant d'avoir « un cahier des charges plus précis », explique Florence Guillaume.
Dans un document de travail, dont Caradisiac a eu connaissance, le futur texte prévoit que le dispositif « comprend sur un châssis, le siège du conducteur, avec système de ceinture de sécurité, le volant, les pédales, les écrans et les haut-parleurs. » La définition exclut de facto l’apprentissage avec des lunettes 3F ou bient sur tablette, ordinateur et smartphone considérés et utilisés jusqu’alors comme des simulateurs par les plateformes. De quoi faire bondir les auto-écoles en lignes dont le service de e-learning sur écrans, dont ils se sont fait les spécialistes, serait hors du champ d’apprentissage pratique à la conduite.
Cadenasser la concurrence
Romain Durand, Directeur du permis libre et vice-président de la FENAA, le syndicat des auto-écoles en ligne, y voit une vision rétrograde, « le signe d'un retour en arrière de plus de 10 ans, un changement de règle du jeu pour brider l’innovation et casser le jeu de la concurrence qui a permis de faire baisser le prix du permis de conduire de 25 %. » Sans parler de l’incertitude sur l’activité de ces plateformes. L’outil de travail sur lequel elles ont développé leur activité d’apprentissage risque de devenir caduc.
S’il n’est à ce stade, pas officiellement question de remettre en cause la légitimité des méthodes d’enseignement des écoles de conduite en ligne, ces dernières craignent pour leur avenir. « Depuis plusieurs mois nos demandes auprès du ministère de l’intérieur et de la sécurité routière restent sans réponses » s’inquiète Romain Durand avec l’amer pressentiment que le jeu se fait dans le dos des pure-players.
Un nouveau cadre d'apprentissage pour la fin de l'année
Dans ce débat pugilat, le ministère de l’intérieur, observe. Visiblement échaudée par la tournure des débats, la déléguée interministérielle à la sécurité routière se dit « attachée à l’équité. » Prenant soin de préciser que toutes les parties intéressées « sont invitées au débat. Le groupe de travail est là pour lever les sujets à interprétation et préciser les cahiers des charges et pour l’heure rien n’a été acté », rappelle la déléguée interministérielle. Le groupe de travail devrait rendre sa copie cet été. À la suite de quoi un nouvel arrêté sur l’enseignement pratique de la conduite pourrait voir le jour en fin d’année.
D'ici là, chacun est prié de moins ventiler (dans les médias) l'étouffante atmosphère. Sans certitude que cela suffise à faire retomber la température autour du débat.
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