2. Sur la route, un nouveau visage pour la Yamaha MT-07, mais elle ne perd pas la face !

Les premiers tours de roues conditionnent souvent un essai. Après avoir réglé la garde du levier de frein avant sur la position 5 (la moins écartée), passé la première de manière aisée et souple grâce à l’embrayage doux, l’élan du moteur et sa poussée initiale particulièrement agréable -et ronflante-donnent le ton : il y a du couple à revendre. On est bel et bien sur une MT : Master of Torque, maître du couple, dans la langue Voltaire. La première accélération en dit un peu plus. Le rapport tire assez long, mais surtout, le pic de puissance n’apparaît pas de manière évidente, contrairement à ce dont nous nous souvenions. Il s’efface même devant le fameux « gras » assez peu commun chez les roadsters « sportifs » de moyenne cylindrée, qui plus est avec « seulement » 690 cm³ et 74 ch, devenus de véritables percherons.
Passé Euro5+ le fameux bloc CP2 décliné à de nombreuses sauces (roadster MT, neo classique XSR et endurisante Ténéré) affiche étrangement un comportement digne d’un vigoureux trail niveau sensations et remplissage. Il pousse à tous les étages, en toutes circonstances et ne montre aucune faiblesse à la reprise. Quelques vibrations importantes sont bien présentes à 4 000 tr/min, mais la mécanique est particulièrement douce dans son fonctionnement, semblant presque lisse, y compris le passage des vitesses, apportant une forme de « velours » : ça glisse, c’est épais et ça fait de l’effet. Côtelé, ledit velours ? Il y a du relief, oui, mais il apparaît moindre à présent, tout en demeurant présent, rassurez-vous.

Plein comme un neuf ?
Pas forcément démonstratif en apparence lorsque l’on ouvre les gaz en grand, le bicylindre monte vite dans les tours et change de sonorité pour une version dans les médiums et plus enveloppante, rendant pertinentes les ouïes du cache de réservoir. Ça marche, ce « truc » de musicien ! Et ça marche, ce moteur ! Il apparaît d’une efficacité redoutable, justement du fait de ses nouvelles caractéristiques, finalement assez trompeuses en termes de sensations : les hauts régimes sont vaillants et toujours énergiques, ils sont juste masqués et il faut aller les chercher, au-delà de 6 000 tr/min et jusqu’au rupteur. De quoi se dire en roulant que cette nouvelle version de la MT-07 s’adresse aussi (surtout ?) à des débutants européens bridés à 35 kW, auxquels elle apporte un caractère certain et un agrément rare pour la catégorie. Seules les GSX-8 R de Suzuki et la BMW F900 R semblent en mesure de proposer une prestation équivalente, chacune avec une personnalité mécanique propre. Au moins la nouvelle MT-07 est en mesure de les affronter, avec ses propres arguments. Et sûrement même de les battre sur certains plans.

Un poids léger qui envoie du lourd
De fait, la partie cycle en constante évolution depuis trois générations, surprend sur cette quatrième par sa rigueur et, une fois encore, par son efficacité. La nouvelle MT-078 confirme un équilibre bienvenu et avoue les limites du réglage de son amortisseur arrière qu’une fois poussée sur des routes à chameau (ou à dromadaires, c’est selon), pardon, sur des routes à bosses. Là, on comprend qu’il convient de durcir et de freiner un peu plus l’élément, afin d’éviter les rebonds. Tant pis pour le confort et comme l’on dit : à l’attaque comme à l’attaque. À moins que ce ne soit à la guerre comme à la guerre ? Lors de notre essai plus que dynamique par moments, force est de reconnaître que le plaisir fut grand de laisser les repose-pieds venir lécher le bitume au gré d’une légèreté physique avérée, mais pas si perceptible qu’imaginé : la MT-07 de 4e génération se la joue cossue et plus velue, façon plus grosse, sans en avoir les inconvénients. Bien vu. Les 183 kg seulement de la moto tous pleins faits sont bien posés, bien répartis, bien placés, et l’agilité au rendez-vous, quelle que soit l’allure. Lente en ville où la maniabilité prime et où le contrôle est précis, tout comme le rayon de braquage favorable aux manœuvres serrées, ou sportive sur les petites routes, on se surprend à placer la MT-07 d’un regard et ne jamais dévier de la trajectoire imposée, dessinant sans effort au guidon ou dans les jambes des courbes parfaites sur le goudron espagnol. On n’hésite ni à sortir le genou, ni à pencher et tout semble passer le plus naturellement du monde.
Rigoureuse, rigide, la fourche encaisse aussi bien les freinages puissants et dosables des nouveaux étriers -y compris sur l’angle-, qu’elle assure une liaison au sol de premier ordre, plutôt bien secondée par ses pneumatiques. Une fois en température, les Q5A offrent un bon retour d’information, tout en se montrant plus incisifs à l’avant qu’à l’arrière. Autre point, aller chercher l’angle maxi est possible, mais dépasser l’avertissement des limiteurs d’angle (les tétons de repose-pieds), impose de ne pas trop chatouiller l’accélérateur : ils décrochent en douceur, mais décrochent quand même !

Simple et efficace
Du coup, le bon contrôle offert par l’étrier et le maître-cylindre arrière sont un plus, tandis que l’ABS demeure pertinent dans ses déclenchements, même en l’absence de contrôle sur l’angle (pas de centrale inertielle, réservée aux modèles plus onéreux rappelons-le). De même, le « Traction Control » s’avère très pertinent et peu intrusif en mode Sport, logiquement un peu plus en mode Street, notamment sur les peintures blanches et au passage des dos d’ânes. Nul doute que la distribution de puissance plus douce dudit mode et le nombre « raisonnable » de chevaux ont justifié l’absence d’un mode Rain dédié à la pluie. Nul doute par contre que sur surface glissante et donc sous la pluie, cette béquille électronique se montrerait efficace : ses coupures sont douces et limitées dans le temps pour ne pas grever les relances.
Alors que nous enchaînons les courbes en jouant modérément de la boîte de vitesses, le couple permettant même de repartir suffisamment sur les deux derniers rapports, on se surprend à enrouler (y compris sur le dernier rapport en agglomération), à exploiter les nouvelles caractéristiques de la MT, tout en se demandant si elle devait rester une 07 pour autant : elle semble en effet tellement renouveler son genre et gagner en sérénité que l’on se demande si elle sait encore prendre ou provoquer des coups de folie. Un petit appel sur la fourche et une bonne accélération rassurent immédiatement : la MT-07 reste facétieuse, mais cache mieux son jeu, histoire de se montrer plus accessible encore sans forcément ôter totalement de ce qui a fait son succès. Si l'on devait à présent lui trouver quelques défauts, nous dirions sa commande de clignotant pas aussi évidente ni efficace que voulue, mais heureusement dotée d'un arrêt automatique. Pour le reste, pas grand-chose à redire dans le cadre d'une utilisation standard, seuls les experts et les plus véloces pourront trouver quelques limites.
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